Le shampooing oublié !
Ce matin encore, j'étais à Dieppe au Basic Fit, fidèle à ma routine cardio et muscu. J'étais concentré, mais pas complètement hermétique à ce qui se passait autour. Et justement, je l'ai vu. Il faisait de la muscu, à quelques mètres. Grand, athlétique, un petit ventre mais léger et un visage carré. Le genre d'homme qui semble taillé pour l'effort. Il avait peut-être 35 ou 40 ans.
Pendant l'entraînement, je l'ai observé du coin de l'oeil car c'était la première fois que je le voyais dans ce club.
Et j'ai remarqué qu'on semblait avoir le même rythme : un exercice, puis un temps de récupération que l'on fait en marchant ce qui nous permet de nous croiser. Parfois c'est lui qui se rapprochait de moi. Parfois c'était moi, sans vraiment faire exprès. On s'est croisés.
Et il m'a regardé. Fixement. Intense. J'ai fini par briser la glace, un peu nerveusement :
— Salut… t'es nouveau ici ?
— Non, pas vraiment. Je ne suis pas de Dieppe en tout cas. Mais d'habitude je viens plus tôt mais uniquement quand je suis en week-end ici, a-t-il ajouté avec un léger sourire, les yeux toujours posés sur moi.
On a repris nos exercices, chacun dans notre bulle, mais l'un dans l'orbite de l'autre. Quelque chose flottait. Un courant. Une tension.
Après ma dernière série, je suis allé aux vestiaires. J'ai quitté mon t-shirt trempé, retiré mes baskets, mon short, mon caleçon. Tout. Je suis resté nu un instant devant mon casier, puis j'ai attrapé ma serviette et mon shampooing avant d'entrer dans une cabine de douche individuelle.
L'eau chaude a commencé à couler sur moi. J'ai fermé les yeux, appréciant le relâchement. Et là, j'ai entendu la porte claquer. Quelqu'un entrait. J'ai reconnu sa voix presque aussitôt :
— Excuse, ça te dérange si je te pique un peu de ton shampooing ?
J'ai entrouvert la porte de la douche, la vapeur commençant à danser entre nous. Il était là, complètement nu lui aussi. Sa serviette sur l'épaule, son sexe en demi-molle battant doucement. Il avait un sourire franc, presque carnassier.
— Viens, lui ai-je dit, en ouvrant un peu plus la porte.
Il est entré dans la cabine. Nos corps se sont frôlés dans l'étroit espace. L'eau glissait sur sa peau chaude, accentuant chaque relief. Il a attrapé le flacon, a fait couler du shampooing dans sa main, puis s'est tourné vers moi.
— Tu veux que je t'aide ? a-t-il murmuré.
Je n'ai rien dit. Je me suis retourné, lui offrant ma nuque. Il a commencé à me masser le cuir chevelu, lentement, puis ses mains ont glissé sur mes épaules, mon dos… Il m'a savonné avec lenteur, prenant son temps, explorant. Ses doigts ont suivi la ligne de mes reins, se sont aventurés entre mes fesses. Il m'a caressé, puis doucement, a commencé à me doigter.
Je me suis cambré, le front contre le mur de la douche. Mon souffle s'est accéléré, mes gémissements menaçaient de me trahir. Il s'est collé à moi, sa queue maintenant bien dure glissant contre ma peau savonnée.
— Chut…, a-t-il murmuré, en plaquant doucement sa main sur ma bouche.
Il m'a pénétré lentement, puissamment. Une chaleur intense m'a traversé. Il a commencé à me prendre là, sous la douche, l'eau couvrant presque nos soupirs. Sa main m'empêchait de crier, mais mes yeux parlaient pour moi.
Il me tenait fermement, ses coups de reins profonds, précis, et son souffle brûlant contre ma nuque. C'était à la fois brut et tendre, animal et complice. On ne parlait pas. Il n'y avait que le rythme de son bassin, mes mains accrochées au mur, l'eau ruisselant entre nos corps entremêlés.
Il est venu en moi avec une tension soudaine, puis un relâchement long, haletant. Moi, je n'avais même pas eu besoin de me toucher : j'ai joui contre le mur, silencieusement, en frémissant sous ses dernières pulsations.
L'eau continuait de couler sur nous, comme si elle voulait effacer les traces de ce qu'on venait de vivre. Mais rien ne pouvait vraiment effacer ça. Il est resté contre moi un instant, sa main encore posée sur ma hanche. Puis on s'est redressés tous les deux, sans un mot, juste des regards, des sourires.
On s'est savonnés mutuellement, cette fois avec douceur, comme pour prolonger la chaleur de nos gestes. Il m'a rincé le dos, j'ai passé ma main sur son torse. Tout était plus calme, plus tendre. On s'est rhabillés chacun de notre côté, dans une sorte de silence complice, presque amusé.
Une fois dehors, sur le parking, juste avant de se quitter, je me suis tourné vers lui avec un petit sourire :
— La prochaine fois… n'oublie pas ton shampoing.
Il a éclaté de rire, un rire franc, chaud. Il m'a fait un clin d'oeil et a simplement répondu :
— Promis et ce sera à toi de l'oublier !
Puis il est monté dans sa voiture. Et moi dans la mienne. Il n'y avait pas de numéro échangé, pas de promesse. Juste ce moment suspendu, brut et vrai, comme un secret partagé sous une douche chaude.

